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Paul Carton et la bromatologie : la cuisine saine comme medecine

Decouvrez Paul Carton, medecin pionnier de la cuisine saine. Sa bromatologie, ses 4 regles alimentaires et son heritage pour une alimentation naturelle et therapeutique.

Par Francois Benavente
Paul Carton et la bromatologie : la cuisine saine comme medecine

Paul Carton : le medecin qui a place l’assiette au centre de la guerison

Au debut du XXe siecle, alors que la medecine francaise s’oriente resolument vers la chimie et la pharmacologie, un medecin atypique prend le contre-pied de ses confreres. Paul Carton (1875-1947) est convaincu que la plupart des maladies chroniques trouvent leur origine dans l’alimentation. Pas dans les microbes, pas dans la fatalite hereditaire, mais dans ce que nous mettons chaque jour dans notre assiette.

Diplome de la Faculte de medecine de Paris, interne des hopitaux, Carton possede toutes les credentials de la medecine academique. Mais c’est sa propre maladie, une tuberculose pulmonaire contractee a 21 ans, qui le pousse a remettre en question l’approche exclusivement symptomatique de ses professeurs. Il se guerit lui-meme par la reforme alimentaire et l’hygiene de vie, et consacre le reste de sa carriere a enseigner cette voie a ses patients.

Son oeuvre, considerable, compte une vingtaine d’ouvrages dont les plus marquants restent “La cuisine simple” (1925), “Traite de medecine, d’alimentation et d’hygiene naturistes” (1920) et “Les trois aliments meurtriers” (1912), dans lequel il denonce le sucre blanc, la viande et l’alcool comme les trois poisons de la civilisation moderne.

La bromatologie selon Carton : l’art de choisir ses aliments

Le mot bromatologie vient du grec “broma” (aliment) et “logos” (science). C’est litteralement la science des aliments. Mais pour Carton, la bromatologie ne se reduit pas a compter les calories ou a doser les proteines. Elle est un art de vivre, une discipline qui exige de comprendre la nature profonde de chaque aliment et son effet sur le terrain humoral du patient.

Carton classifie les aliments en trois categories fondamentales. Les aliments vivifiants, d’abord : les fruits frais, les legumes crus et cuits a basse temperature, les cereales completes, les legumineuses, les noix et graines. Ce sont les aliments qui apportent la vitalite, que Carton appelle la “force vitale”. Ils constituent la base de l’alimentation saine et doivent representer au moins 80 pour cent de l’assiette.

Les aliments devitalises, ensuite : le sucre blanc, la farine blanche, le riz blanc, les conserves industrielles, les aliments raffines. Carton observe que ces aliments, depouilles de leurs vitamines, mineraux et fibres par le processus industriel, non seulement n’apportent rien de benefique mais encrassent l’organisme. Ils creent ce qu’il appelle une “auto-intoxication alimentaire”, un concept que Pierre-Valentin Marchesseau reprendra plus tard sous le terme de “surcharge humorale”.

Les aliments toxiques, enfin : l’alcool sous toutes ses formes, le cafe en exces, les epices violentes, les viandes faisandees, les charcuteries. Pour Carton, ces aliments ne sont pas seulement inutiles, ils sont activement nuisibles. Ils surmenent le foie, acidifient le terrain et predisposent aux maladies chroniques.

Les quatre regles alimentaires de Carton

Premiere regle : la sobriete

Carton ecrivait : “On meurt plus souvent de trop manger que de ne pas manger assez.” Bien avant que la restriction calorique ne devienne un sujet de recherche scientifique dans les annees 2000, Carton avait compris que l’exces alimentaire est la premiere cause de maladie. Il recommandait des repas mesures, sans sensation de lourdeur apres le repas. Un repas bien dose doit laisser une impression de legerete et de clarte mentale.

Cette intuition rejoint parfaitement le principe du Hara Hachi Bu d’Okinawa : manger a 80 pour cent de satiete. C’est aussi ce qu’enseignait Hippocrate vingt-cinq siecles plus tot. La sagesse alimentaire traverse les epoques et les civilisations.

Deuxieme regle : la simplicite

Carton se mefiait des repas trop elabores, des sauces complexes, des melanges gastronomiques qui flattent le palais mais epuisent la digestion. Il preconisait des repas a deux ou trois composantes : un legume, une cereale complete, une proteine legere. La cuisine saine n’a pas besoin d’etre sophistiquee. Elle doit etre directe, honnete, lisible.

Cette philosophie de simplicite se retrouve dans de nombreuses recettes de ce site, comme le riz complet parfume cardamome-curcuma ou le quinoa herbes citron : des preparations simples ou chaque ingredient est identifiable et conserve ses qualites nutritionnelles.

Troisieme regle : la nature

Par “nature”, Carton entend le retour aux aliments dans leur etat le plus proche possible de la nature. Les cereales doivent etre completes, pas raffinees. Les fruits doivent etre frais, pas en conserve. Les legumes doivent etre de saison, pas importes de l’autre bout du monde en chambre froide. Les huiles doivent etre de premiere pression a froid, pas extraites a l’hexane.

Cette exigence de naturalite implique aussi un mode de cuisson respectueux. Carton recommandait la cuisson a l’eau, la cuisson a la vapeur et la cuisson a l’etouffee, toutes des methodes qui preservent la nature de l’aliment. Il se mefiait de la friture et du grillage, dont il pressentait les effets deleteres bien avant que la science ne decouvre les composes de glycation avancee (AGE) et les hydrocarbures aromatiques polycycliques. La cuisson douce sous 110 degres est l’heritiere directe de cette sagesse.

Quatrieme regle : l’adaptation

C’est peut-etre la regle la plus subtile et la plus naturopathique. Carton insistait sur le fait qu’il n’existe pas de regime universel. L’alimentation doit etre adaptee a la constitution de chaque personne, a son age, a son activite physique, a sa saison, a son etat de sante. Un travailleur de force en hiver n’a pas les memes besoins qu’un sedentaire en ete. Un enfant en croissance ne mange pas comme un adulte convalescent.

Cette vision individualisee de l’alimentation est au coeur de la consultation naturopathique. C’est ce que Robert Masson appellera plus tard la “dietetique de l’experience” et ce que Catherine Kousmine integrera dans ses cinq piliers de sante.

Carton et le vegetarisme raisonne

Contrairement a une idee recue, Carton n’etait pas vegetarien strict. Il pratiquait ce qu’il appelait un “vegetarisme raisonne” ou “vegetarisme temperamental”. Il recommandait de reduire considerablement la consommation de viande, en particulier la viande rouge et la charcuterie, mais acceptait les oeufs, le poisson et les laitages fermentes en quantite moderee.

Sa position se resume ainsi : la base de l’alimentation doit etre vegetale (cereales completes, legumineuses, legumes, fruits), avec des complements d’origine animale adaptes aux besoins individuels. Il ecrivait que “la viande est un excitant, pas un aliment”. Cette nuance est importante car elle montre que Carton ne raisonnait pas en termes d’ideologie mais en termes de physiologie.

On retrouve cette approche equilibree dans les buddha bowls et les dahl de lentilles : des repas ou les proteines vegetales occupent la place centrale, eventuellement completes par un oeuf ou un filet de poisson.

Les trois aliments meurtriers

L’ouvrage le plus provocateur de Carton, “Les trois aliments meurtriers”, publie en 1912, designait le sucre blanc, la viande et l’alcool comme les responsables majeurs de la degenerescence physique de la civilisation occidentale. Un siecle plus tard, la science lui donne raison sur toute la ligne.

Le sucre blanc, raffine et depourvu de tout cofacteur nutritionnel, est aujourd’hui reconnu comme un facteur majeur d’inflammation chronique, de resistance a l’insuline, de steatose hepatique et d’obesite. Carton le qualifiait de “poison blanc” et recommandait de le remplacer par le miel, les fruits secs et le sucre complet.

La viande rouge, consommee en exces, est aujourd’hui classee comme “probablement cancerigene” par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer). La charcuterie est classee “cancerigene certain”. Carton l’avait dit en 1912, la science l’a confirme en 2015.

L’alcool, meme en quantite dite “moderee”, est reconnu comme cancerigene par l’OMS. Carton etait intransigeant sur ce point : aucune quantite d’alcool n’est benefique pour la sante. Position extremement avant-gardiste pour l’epoque, et que la recherche contemporaine tend a confirmer.

L’heritage de Carton : de la bromatologie a la cuisine moderne

L’influence de Paul Carton sur la naturopathie francaise est immense. Pierre-Valentin Marchesseau, qui fondera la naturopathie francaise en tant que discipline organisee, le cite comme l’une de ses influences majeures. La classification des aliments en biogeniques, biostatiques et biocidiques que Marchesseau enseigne dans ses cours reprend directement la tripartition de Carton entre aliments vivifiants, devitalises et toxiques.

Catherine Kousmine, medecin suisse d’origine russe, prolonge l’oeuvre de Carton dans un cadre plus scientifique. Sa creme Budwig, preparee exclusivement a cru avec des huiles de premiere pression, des cereales fraiches et des fruits, incarne les principes cartoniens de naturalite et de simplicite. Vous pouvez preparer votre propre creme Budwig classique ou experimenter ses variantes : Budwig cacao-noisette, Budwig tropicale ou Budwig vegane au chanvre.

Robert Masson, eleve de Marchesseau, affine encore la pensee cartonienne en developpant la notion de “crudites ponderees” : il ne s’agit pas de manger tout cru, mais de doser intelligemment le cru et le cuit en fonction du terrain digestif du patient. Un estomac fragile ne supportera pas les memes crudites qu’un estomac robuste.

Carton et la cuisson : les principes qui guident nos recettes

Si Carton ecrivait a une epoque ou la notion d’AGE, de reaction de Maillard et de degradation thermique des vitamines n’existait pas encore, ses recommandations culinaires etaient deja remarquablement pertinentes. Il preconisait :

La cuisson a l’eau ou a la vapeur pour les legumes, afin de preserver leur “force vitale”. Il se mefiait de la cuisson au four a haute temperature, qu’il reservait au pain. La cuisson a l’etouffee dans un recipient ferme, qui permet de cuire les aliments dans leur propre jus sans ajout d’eau ni de matiere grasse. C’est exactement le principe de la cuisson douce en inox avec couvercle et triple fond.

L’inox 18/10, materiau neutre et non reactif, est le prolongement naturel de la philosophie de Carton. Pas de migration de metaux toxiques comme avec l’aluminium, pas de liberation de PFAS comme avec les revetements antiadhesifs, pas de porosite comme avec la terre cuite non emaillee. La neutralite chimique de l’inox garantit que l’aliment cuit reste fidele a sa nature, exactement comme Carton l’exigeait.

FAQ

Qui etait Paul Carton ?

Paul Carton (1875-1947) etait un medecin francais, diplome de la Faculte de Paris et interne des hopitaux. Apres avoir gueri sa propre tuberculose par la reforme alimentaire, il consacra sa carriere a enseigner les principes de l’hygienisme et de la bromatologie. Il est considere comme l’un des peres fondateurs de la naturopathie francaise.

Qu’est-ce que la bromatologie ?

La bromatologie (du grec “broma”, aliment, et “logos”, science) est la science des aliments. Chez Carton, elle designe l’art de choisir, preparer et combiner les aliments pour maintenir ou restaurer la sante. Elle depasse la simple dietetique en integrant la qualite vitale des aliments, leur mode de preparation et leur adaptation au terrain individuel.

Les idees de Carton sont-elles encore valables aujourd’hui ?

Oui, la recherche scientifique contemporaine confirme la plupart de ses intuitions : les dangers du sucre blanc, l’interet du vegetarisme predominant, l’importance de la cuisson douce, les effets nocifs de l’alcool. Ses quatre regles (sobriete, simplicite, nature, adaptation) restent parfaitement actuelles.

Carton etait-il vegetarien ?

Carton pratiquait un “vegetarisme raisonne” : une alimentation a dominante vegetale (cereales completes, legumineuses, fruits, legumes) avec des complements moderes de produits animaux (oeufs, poisson, laitages fermentes). Il recommandait de reduire fortement la viande rouge et de supprimer la charcuterie.

Quel est le lien entre Carton et la cuisson a l’inox ?

Carton preconisait des cuissons respectueuses de la “force vitale” des aliments : vapeur, etouffee, pochage. L’inox 18/10, materiaux chimiquement neutre, est le support ideal de ces cuissons douces. Il ne libere aucun compose toxique et permet une diffusion homogene de la chaleur a basse temperature.

Quels livres de Carton lire en priorite ?

“La cuisine simple” (1925) est le plus accessible et le plus pratique. “Traite de medecine, d’alimentation et d’hygiene naturistes” (1920) est l’oeuvre fondamentale pour comprendre sa philosophie. “Les trois aliments meurtriers” (1912) est un pamphlet percutant qui n’a pas pris une ride.

Pour aller plus loin

A lire aussi : Les grands auteurs de la naturopathie : Decouvrez Hippocrate, Bircher-Benner, Kousmine, Marchesseau et les autres pionniers de l’alimentation saine.

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Francois Benavente

Naturopathe certifié, fondateur de PranaCook

Passionne de cuisine saine et de micronutrition, Francois accompagne ceux qui souhaitent reprendre le controle de leur alimentation. Retrouvez ses articles complets sur francoisbenavente.com.

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